DélégationTarn Aveyron

Une expérience d’humanité et de foi

Il vient de loin. D’un autre pays, d’une langue, d’une culture, d’une religion différentes de la mienne. Un jour, il a dû prendre une décision qui a bouleversé sa vie : partir de son pays. Pour des raisons économiques, politiques, climatiques, de conflit. Il a quitté sa ville, sa maison, sa famille, ses parents, ses amis, son métier…

Ses seuls bagages, ce sont ses souvenirs et les photos auxquelles il tient plus que tout, parce qu’elles restent le seul lien avec sa vie d’avant.

La France, c’est son pays d’élection. Il l’a découverte à travers les enseignants qui lui ont donné le goût de ce pays. Il connaît son histoire, ses grands hommes politiques, ses écrivains, sa littérature qu’il a lue durant ses études. Alors quand il a fallu partir c’est elle qu’il a choisie.

Aujourd’hui, il vit à Albi. Je le rencontre régulièrement, en fin d’après-midi après le travail. Il m’ouvre la porte de sa maison avec un accueil et une générosité propres aux étrangers pour qui l’hospitalité est un principe sacré.

Assis autour d’un café ou d’un thé, et d’un plat de son pays qu’il aime à me faire découvrir, nous parlons. Ou plutôt il parle et je le regarde et l’écoute. Il aime raconter les moments heureux de sa vie d’avant. Elle se déroulait à l’image de celle de ses parents et de ses ancêtres. Jamais il n’aurait imaginé qu’il puisse en être autrement. Il parle aussi des démarches entreprises aujourd’hui pour régulariser sa situation, les organismes et les personnes contactés, les maigres réussites, les échecs démoralisants.

J’écoute ses espoirs, son désarroi, ses projets pour lui et ses enfants, ses souvenirs, ses colères, ses rires, sa culpabilité et surtout sa peur, pour lui et surtout ses enfants. Cette peur qui le tient éveillé des nuits entières.

Des circonstances de son départ et du chemin qu’il a parcouru pour arriver jusqu’ici, je ne sais rien ou presque. Une pudeur réciproque nous retient d’en parler.

Parfois, après un long silence, j’entends : « Vous savez, Françoise… ». Alors, entre les mots, je devine : la peur et la terreur, le froid et la faim, le mépris et le rejet, l’humiliation, la haine et les coups, la maladie et la dépression et parfois, le désespoir avec l’idée d’en finir… Je comprends qu’il a fait l’expérience de l’autre versant de l’âme humaine. Une pensée ne cesse de m’interroger : comment a-t-il pu traverser l’intolérable et continuer à croire en la vie et en l’humanité ?

Être là, tout simplement. Ma présence à ses côtés veut seulement lui exprimer que je le reconnais digne d’humanité malgré son statut « d’étranger en situation irrégulière », que j’ai confiance en ses ressources et capacités et qu’il reste toujours une fenêtre ouverte sur l’espoir.

Cette Rencontre a bousculé ma vie, confortable et tranquille (et qui souhaitait le rester), et surtout ma foi. Grâce à cette Rencontre, ma foi a pris une autre dimension, a trouvé un ancrage durable dans ma vie. La vie de Jésus, ses regards, ses gestes, ses silences, ses paroles se sont incarnés à travers cette Rencontre.

Il y a quelques jours il m’a dit : « Quand nous avons reçu par courrier le rejet de notre demande de régularisation, nous étions comme des morts. Aujourd’hui, nous sommes sans papiers mais nous ne nous sentons plus seuls, vous [le Secours Catholique] nous avez donné un toit pour dormir, des moyens pour vivre dignement, nous sommes redevenus vivants. » Ce jour-là, tout mon cheminement spirituel vécu avec Jésus a trouvé sa finalité.

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