DélégationTarn Aveyron

AVEYRON Lettre aux Elus sur la Situation des Mineurs et Jeunes Migrants

Lettre à Mme la Préfète, à Mr le Président du Conseil Départemental, à Mmes et Mrs les Conseillers Départementaux, à Mmes et Mrs les Députés et à Mrs les Sénateurs d’Aveyron.

publié en mai 2019

Il semble évident de faire de Jean Moulin un modèle d’intégrité et de citoyenneté pour les jeunes qui viennent nombreux assister aux commémorations auxquelles vous participez en ce 8 mai.

Mais le verbe « résister » ne se conjugue pas qu’au passé : il existe aujourd’hui comme hier des raisons de résister et de refuser ce qui est inhumain et dégradant pour les personnes. Rappelons quelques faits concernant la situation des jeunes migrants en Aveyron :

1 : Les Mineurs Non Accompagnés passent parfois plusieurs nuits à la rue à Rodez avant d’être mis à l’abri par le Conseil Départemental. Cette situation est contraire à la loi, qui affirme que tout enfant privé de son milieu familial a droit à une protection immédiate, sans condition de nationalité ni d’origine (Convention Internationale relative aux droits de l’enfant, 1989).

2 : Après la mise à l’abri d’un jeune, le Conseil Départemental procède à une évaluation. S’il émet des doutes sur la minorité du jeune, celui-ci est alors remis à la rue.

3 : Aujourd’hui, à Rodez, des jeunes vivent donc sans aucune ressource. Les associations signataires de cette lettre accompagnent actuellement une trentaine de jeunes qui souhaitent rester à Rodez et qui ont entamé un recours juridique. Il n’est pas possible pour eux de retourner dans leur pays d’origine, mais ils n’ont aucun statut légal qui leur permette de vivre, de se former ou de travailler en France. Ils sont coincés dans ce non-lieu administratif absurde et mortifère.

Quel exemple d’intégrité les instances de l’Etat donnent-elles lorsqu’elles ne respectent pas leurs obligations légales concernant la protection des mineurs ?

Quelle image de la France et de l’Aveyron donnons-nous à nos propres enfants lorsqu’à l’inverse on invoque la loi pour remettre à la rue et priver d’avenir des jeunes démunis, qui ne demandent qu’à s’intégrer, à se former et à travailler ?

Nous ne souhaitons pas dévaloriser les efforts des travailleurs sociaux, des élus et des responsables qui cherchent à bien faire.

Il n’en demeure pas moins une forme de déresponsabilisation causée, entre autres, par le partage des responsabilités entre l’Etat et les services du département. Nous dressons ici un constat de la situation dans son ensemble que nous vous invitons à regarder en face, en ce jour où il est question de courage et de cohérence par rapport à nos idéaux.

Nous vous appelons à agir face à ces réalités qui ne peuvent nous laisser insensibles et qui ne grandissent personne. Nous identifions trois urgences, trois axes sur lesquels pouvoirs publics et associations doivent s’engager ensemble :

1) Ouvrir davantage de place pour l’hébergement d’urgence des mineurs

Depuis janvier 2019, nous avons eu connaissance d’au moins 26 mineurs qui sont restés à la rue après avoir manifesté leur détresse auprès du Conseil Départemental. Certains de ces jeunes ont été hébergés par des citoyens bénévoles, mais qu’en est-il des mineurs qui ne rencontrent personne qui soit disposé à les accueillir ? Il devient urgent de prendre la mesure des arrivées et d’ouvrir des places en conséquence.

2) Héberger les jeunes qui sont en recours

Plusieurs jeunes contestent les résultats de l’évaluation qui les déclare majeurs et ils font appel auprès de la juge des enfants pour que leur minorité soit reconnue. En attendant les résultats de ce recours, ils vivent sans ressources. Même si des citoyens se mobilisent pour les aider, cette solution n’est pas pérenne. Certains départements comme le Lot ont fait le choix d’accueillir ces jeunes en foyer pendant la procédure. Nous appelons les élus et responsables de l’Aveyron à s’inspirer de cet exemple.

3) Accompagner et intégrer les jeunes qui sont déclarés majeurs

Regardons la réalité en face : ces jeunes resteront en France. Ils souffrent énormément de l’immobilisme auquel leur absence de statut juridique les contraint. Au-delà de cette souffrance, que préparons-nous comme futur pour notre département et notre pays en refusant à cette jeunesse les moyens de vivre et de travailler ?

Plusieurs associations oeuvrent déjà pour loger et accompagner ces jeunes malgré l’irrégularité de leur situation. Mais sans volonté politique d’accueillir, c’est un véritable gâchis d’énergie, pour les citoyens engagés comme pour les pouvoirs publics. Dans l’intérêt de ces jeunes et de notre territoire il est urgent de travailler dans le même sens et ensemble.

À l’image de Jean Moulin, dans l’exercice même de vos fonctions, quels combats êtes-vous prêtes et prêts à mener pour défendre la dignité de ceux que notre système exclut ? Quel exemple de résistance à l’indifférence et à la déresponsabilisation pouvons-nous donner ensemble, élus, hauts fonctionnaires et citoyens, à nos enfants et à la postérité ?

Associations signataires :

- Mom’Ô Chaud,

- Secours Catholique Aveyron,

- Jamais Sans Toit Aveyron,

- Collectif des Réfugiés,

- Pastorale des Migrants,

- Ligue des Droits de l’Homme Rodez,

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